Le blog du Temps de l'Immaculée.
28/12/2024
207> 32.1 - Je vois partir d'une petite maison trÚs modeste un couple de personnes. D'un petit escalier extérieur descend une trÚs jeune mÚre avec, entre ses bras, un bébé dans un lange blanc[1].
Je reconnais, c'est notre Maman. C'est toujours elle, pĂąle et blonde, agile et si gentille en toutes ses dĂ©marches. Elle est vĂȘtue de blanc, avec un manteau d'azur pĂąle qui l'enveloppe. Sur la tĂȘte un voile blanc. Elle porte son BĂ©bĂ© avec tant de prĂ©cautions. Au pied du petit escalier, Joseph l'attend auprĂšs d'un Ăąne gris. Joseph est habillĂ© de marron clair, aussi bien pour l'habit que pour le manteau. Il regarde Marie et lui sourit. Quand Marie arrive prĂšs de l'Ăąne, Joseph se passe la bride sur le bras gauche, et prend pour un moment le BĂ©bĂ© qui dort tranquille pour permettre Ă Marie de mieux s'installer sur la selle. Puis, il lui rend JĂ©sus et ils se mettent en marche.
Joseph marche à cÎté de Marie en tenant toujours la monture par la bride et en veillant qu'elle marche droit et sans trébucher. Marie tient Jésus sur son sein et, par crainte que le froid ne puisse Lui nuire, elle étend sur Lui un pli de son manteau. Ils parlent trÚs peu, les deux époux, mais ils se sourient souvent.
La route qui n'est pas un modÚle du genre se déroule à travers une campagne que la saison a dépouillée. Quelque autre voyageur se rencontre avec les deux ou les croise, mais c'est rare.
32.2 - Plus tard, on voit apparaĂźtre des maisons et des murs qui enserrent une ville. Les deux Ă©poux entrent par une porte, puis commence le parcours sur le pavĂ© trĂšs disjoint de la ville. La marche devient beaucoup plus difficile, soit Ă cause du trafic qui fait arrĂȘter l'Ăąne Ă tout moment, soit parce que sur les pierres et les crevasses qui les interrompent il a de continuelles secousses qui dĂ©rangent Marie et l'Enfant.
La route n'est pas plane : elle monte bien que lĂ©gĂšrement. Elle est Ă©troite entre les hautes maisons aux entrĂ©es aussi Ă©troites et basses et aux rares fenĂȘtres sur la rue. En haut, le ciel se montre avec tant de morceaux d'azur de maison Ă maison ou de terrasse Ă terrasse. En bas sur la rue, il y a des gens qui crient et croisent, d'autres personnes Ă pied ou Ă Ăąne, ou conduisant des Ăąnes chargĂ©s et d'autres, en arriĂšre d'une encombrante caravane de chameaux.
208> à un certain endroit passe avec beaucoup de bruits de sabots et d'armes une patrouille de légionnaires romains qui disparaissent derriÚre une arcade qui enjambe une rue trÚs étroite et pierreuse.
Joseph tourne à gauche et prend une rue plus large et plus belle. J'aperçois l'enceinte crénelée que je connais déjà tout au fond de la rue.
Marie descend de l'Ăąne prĂšs de la porte oĂč se trouve une sorte d'abri pour les Ăąnes. Je dis "abri" parce que c'est une espĂšce de hangar ou mieux d'abri couvert jonchĂ© de paille avec des piquets munis d'anneaux pour attacher les quadrupĂšdes. Joseph donne quelque argent Ă un garçon qui est accouru, pour acheter un peu de foin et il tire un seau d'eau Ă un puits rudimentaire situĂ© dans un coin, pour la donner Ă l'Ăąne. Il rejoint ensuite Marie et ils entrent tous deux dans l'enceinte du Temple.
32.3 - Ils se dirigent d'abord vers un portique oĂč se trouvent ces gens que JĂ©sus fustigea plus tard vigoureusement : les marchands de tourterelles et d'agneaux et les changeurs. Joseph achĂšte deux blanches colombes. Il ne change pas d'argent. On se rend compte qu'il a dĂ©jĂ ce qu'il faut.
Joseph et Marie se dirigent vers une porte latĂ©rale oĂč on accĂšde par huit marches, comme on dirait qu'ont toutes les portes, en sorte que le cube du Temple est surĂ©levĂ© au-dessus du sol environnant. Cette porte a un grand hall comme les portes cochĂšres de nos maisons en ville, pour en donner une idĂ©e, mais plus vaste et plus dĂ©corĂ©. La il y a Ă droite et Ă gauche deux sortes d'autels c'est-Ă -dire deux constructions rectangulaires dont au dĂ©but je ne vois pas bien a quoi elles servent. On dirait des bassins peu profonds car l'intĂ©rieur est plus bas que le bord extĂ©rieur surĂ©levĂ© de quelques centimĂštres.
Un prĂȘtre accourt ; je ne sais si c'est Joseph qui a appelĂ© ou sâil vient de lui-mĂȘme. Marie offre les deux pauvres colombes et moi qui comprends leur sort, je dĂ©tourne les yeux. J'observe les ornements du trĂšs lourd portail, du plafond, du hall. Il me semble pourtant voir, du coin de lâĆil, que le prĂȘtre asperge Marie avec de l'eau, Ce doit ĂȘtre de l'eau, car je ne vois pas de tache sur son habit. Puis, Marie, qui, en mĂȘme temps que les colombes, avait donnĂ© au prĂȘtre une petite poignĂ©e de monnaie (j'avais oubliĂ© de le dire), entre avec Joseph dans le Temple proprement dit, accompagnĂ©e par le prĂȘtre.
209> Je regarde de tous cĂŽtĂ©s. C'est un endroit trĂšs ornĂ©. Sculptures Ă tĂȘtes d'anges avec rameaux et ornements courent le long des colonnes, sur les murs et le plafond. Le jour pĂ©nĂštre par de longues et drĂŽles fenĂȘtres, Ă©troites, sans vitres naturellement et disposĂ©es obliquement sur le mur. Je suppose que c'est pour empĂȘcher d'entrer les averses.
32.4 - Marie avance jusqu'Ă un certain point, puis s'arrĂȘte. Ă quelques mĂštres d'elle il y a d'autres marches et au-dessus une autre espĂšce d'autel au-delĂ duquel il y a une autre construction.
Je m'aperçois que je croyais ĂȘtre dans le Temple et au contraire j'Ă©tais au dedans des bĂątiments qui entourent le Temple proprement dit, c'est-Ă -dire le Saint, et au-delĂ duquel il semble que personne, en dehors des prĂȘtres, ne puisse entrer. Ce que je croyais ĂȘtre le Temple n'est donc qu'un vestibule fermĂ© qui, de trois cĂŽtĂ©s, entoure le Temple oĂč est renfermĂ© le Tabernacle. Je ne sais si je me suis trĂšs bien expliquĂ©e, mais je ne suis pas architecte ou ingĂ©nieur.
Marie offre le BĂ©bĂ©, qui s'est Ă©veillĂ© et tourne ses petits yeux innocents tout autour, vers le prĂȘtre, avec le regard Ă©tonnĂ© des enfants de quelques jours. Ce dernier le prend sur ses bras et le soulĂšve Ă bras tendus, le visage vers le Temple en se tenant contre une sorte d'autel qui est au-dessus des marches. La cĂ©rĂ©monie est achevĂ©e. Le BĂ©bĂ© est rendu Ă sa MĂšre et le prĂȘtre s'en va.
32.5 - Il y a des gens, des curieux qui regardent. Parmi eux se dĂ©gage un petit vieux, courbĂ© qui marche pĂ©niblement en s'appuyant sur une canne, Il doit ĂȘtre trĂšs vieux, je dirais plus qu'octogĂ©naire. Il s'approche de Marie et lui demande de lui donner pour un instant le BĂ©bĂ©. Marie le satisfait en souriant.
C'est SymĂ©on, j'avais toujours cru qu'il appartenait Ă la caste sacerdotale et au contraire, c'est un simple fidĂšle, Ă en juger du moins par son vĂȘtement. Il prend l'Enfant, l'embrasse. JĂ©sus lui sourit avec la physionomie incertaine des nourrissons. Il semble qu'il l'observe curieusement, parce que le petit vieux pleure et rit Ă la fois et les larmes font sur sa figure des dessins emperlĂ©s en s'insinuant entre les rides et retombant sur la barbe longue et blanche vers laquelle JĂ©sus tend les mains : C'est JĂ©sus, mais c'est toujours un petit bĂ©bĂ© et, ce qui remue devant lui, attire son attention et lui donne des vellĂ©itĂ©s de se saisir de la chose pour mieux voir ce que c'est. Marie et Joseph sourient, et aussi les personnes prĂ©sentes qui louent la beautĂ© du BĂ©bĂ©.
210> J'entends les paroles du saint vieillard[2] et je vois le regard Ă©tonnĂ© de Joseph, l'Ă©motion de Marie, les rĂ©actions du petit groupe des personnes prĂ©sentes, les unes Ă©tonnĂ©es et Ă©mues aux paroles du vieillard[3], les autres prises d'un fou rire. Parmi ces derniers se trouvent des hommes barbus et de hautains membres du SanhĂ©drin qui hochent la tĂȘte. Ils regardent SymĂ©on avec une ironique pitiĂ©.
Ils doivent penser que son grand Ăąge lui a fait perdre la tĂȘte.
32.6 - Le sourire de Marie s'Ă©teint en une plus vive pĂąleur, lorsque SymĂ©on lui annonce la douleur. Bien qu'elle sache, cette parole lui transperce lâĂąme[4]. Marie s'approche davantage de Joseph pour trouver du rĂ©confort; elle serre passionnĂ©ment son Enfant sur son sein et, comme une Ăąme altĂ©rĂ©e, elle boit les paroles d'Anne[5] qui, Ă©tant femme, a pitiĂ© de la souffrance de Marie et lui promet que l'Ăternel adoucira l'heure de sa douleur en lui communiquant une force surnaturelle : "Femme, Celui qui a donnĂ© le Sauveur Ă son peuple ne manquera pas de te donner son ange pour soulager tes pleurs. L'aide du Seigneur n'a pas manquĂ© aux grandes femmes d'IsraĂ«l et tu es bien plus que Judith et que YaĂ«l. Notre Dieu te donnera un cĆur d'or trĂšs pur pour rĂ©sister Ă la mer de douleur par quoi tu seras la plus grande Femme de la crĂ©ation, la MĂšre. Et toi, Petit, souviens-toi de moi Ă l'heure de ta mission."
Câest ainsi que sâachĂšve ma vision.
[1] La purification de la mÚre et le rachat du premier-né qui appartenait au Seigneur, avait lieu 40 jours aprÚs la naissance.
[2] Luc 2,29 (Nunc Dimitis) "Maintenant, Souverain MaĂźtre, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur sâen aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as prĂ©parĂ© Ă la face de tous les peuples, lumiĂšre pour Ă©clairer les nations et gloire de ton peuple IsraĂ«l." Son pĂšre et sa mĂšre Ă©taient dans lâĂ©tonnement de ce qui se disait de lui. SymĂ©on les bĂ©nit et dit Ă Marie, sa mĂšre : "Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relĂšvement dâun grand nombre en IsraĂ«l; il doit ĂȘtre un signe en butte Ă la contradiction, et toi-mĂȘme, une Ă©pĂ©e te transpercera lâĂąme afin que se rĂ©vĂšlent les pensĂ©es intimes de bien des cĆurs."
[3] Dans l'attroupement se trouvent Jean de Nobé et sa femme Lia
[4] L'Ă©tonnement de Marie et de Joseph, rapportĂ© par Luc, est considĂ©rĂ© par certains comme un passage "antimarial". Ce que rĂ©fute le P. G. M. Roschini en se fondant sur les commentaires que fait la Vierge Marie Ă Maria Valtorta dans une catĂ©chĂšse du 5 dĂ©cembre 1943 ("Cahiers de 1943" â pages 526/527)
[5] Anne de Phanuel, sa maĂźtresse des novices quand elle Ă©tait au Temple. Luc 2,36 "Il y avait aussi une prophĂ©tesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu dâAser. Elle Ă©tait fort avancĂ©e en Ăąge. AprĂšs avoir, depuis sa virginitĂ©, vĂ©cu sept ans avec son mari, elle Ă©tait restĂ©e veuve; parvenue Ă lâĂąge de 84 ans, elle ne quittait pas le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeĂ»ne et la priĂšre. Survenant Ă cette heure mĂȘme, elle louait Dieu et parlait de lâenfant Ă tous ceux qui attendaient la dĂ©livrance de JĂ©rusalem."
28/12/2024
27/12/2024
Lorsque le livre de Rod Dreher, The Benedict Option, a été publié, il a suscité deux réactions.
La premiĂšre Ă©tait celle des gens qui, dâemblĂ©e convaincus par son analyse, ne pouvaient plus tenir pour acquise la place de lâĂglise sur la place publique, qui avait Ă©tĂ© longtemps occupĂ©e. En fait, câĂ©tait pire que cela : le systĂšme de valeurs chrĂ©tien Ă©tait en train dâĂȘtre rĂ©pudiĂ© et avait perdu toute force parce que la vision chrĂ©tienne de la sociĂ©tĂ© avait Ă©tĂ© perdue par la population. Elle regardait le monde dâune maniĂšre totalement diffĂ©rente.
La deuxiĂšme rĂ©ponse provenait de gens qui ne pouvaient ou ne voulaient pas comprendre ce quâil demandait. Ils lâinterprĂ©taient Ă tort comme un encouragement Ă fuir vers les collines, comme si nous devions tous devenir des pĂšres et des mĂšres du dĂ©sert.
En fait, il avait prĂ©vu Ă juste titre un degrĂ© dâexclusion publique frisant la persĂ©cution et il avait suggĂ©rĂ© aux chrĂ©tiens de se rassembler de maniĂšre informelle dans des communautĂ©s proches pour se soutenir et se renouveler. Ă mesure que les guerres culturelles sâintensifient, son diagnostic devient de plus en plus juste.
Beaucoup considĂšrent LâOption bĂ©nĂ©dictine comme lâun des livres les plus importants Ă©crits au cours de ce siĂšcle.
Depuis lors, Dreher a Ă©crit le livre Live Not By Lies (Ne vivez pas par des mensonges) afin de sensibiliser les gens Ă la rĂ©alitĂ© et aux ambitions du totalitarisme doux de la gauche. Dans ce livre, des personnes qui ont fait lâexpĂ©rience du vĂ©ritable totalitarisme du communisme Ă©lĂšvent leurs voix anxieuses pour essayer dâavertir lâOccident que le mĂȘme objectif est poursuivi mais par une voie diffĂ©rente, et pour tirer la sonnette dâalarme afin que nous puissions rĂ©sister Ă la dĂ©centralisation du pouvoir sur ce que nous disons et pensons.
Dreher a maintenant écrit un nouveau livre, essentiellement une suite de The Benedict Option, intitulé Living in Wonder .
Il possÚde deux qualités. La premiÚre est de maßtriser intellectuellement les questions philosophiques et spirituelles qui ont conduit la culture occidentale à son état actuel.
Mais la deuxiÚme qualité réside dans son talent journalistique, qui lui permet de trouver exactement les anecdotes qui conviennent pour servir de preuves corroborantes à ce qu'il essaie de présenter à ses lecteurs.
Dans Living by Wonder , Dreher aborde les causes de ce que le poÚte Matthew Arnold a décrit de maniÚre si célÚbre (ou tristement célÚbre) dans son poÚme Dover Beach :
« La mer de la foi / Ătait autrefois, elle aussi, pleine et tout autour du rivage de la terre / Ătait comme les plis d'une ceinture brillante ; / Mais maintenant je n'entends que / Son rugissement mĂ©lancolique, long et lointain. »
Dans son nouveau livre, Dreher emmĂšne le lecteur dans un voyage saisissant. Il commence par expliquer le dĂ©clin de la chrĂ©tientĂ©, mais surtout comment l'Ăglise peut parvenir Ă un renouveau de la foi.
Beaucoup de gens ont proposĂ© un diagnostic de la crise thĂ©ologique et spirituelle actuelle, mais peu ont Ă©tĂ© en mesure dâoffrir une solution.
Le diagnostic de Dreher est l'un des plus convaincants et sa solution l'une des plus convaincantes. Il utilise la mĂ©taphore de l'enchantement, Ă©crivant sur sa perte et sur ce qui pourrait constituer sa reconquĂȘte.
Peu dâauteurs ont la capacitĂ© dâexpliquer comment la pourriture sâest installĂ©e dĂšs le dĂ©but de lâassaut nominaliste contre la scolastique, qui a vu lâidĂ©e selon laquelle les universaux et les objets abstraits nâexistent pas rĂ©ellement autrement que comme de simples noms et Ă©tiquettes, affronter les systĂšmes philosophiques basĂ©s sur la pensĂ©e chrĂ©tienne mĂ©diĂ©vale.
Mais Dreher y parvient avec finesse et audace. Il retrace la dissolution de notre capacitĂ© Ă voir, Ă chĂ©rir et Ă faire confiance au surnaturel Ă travers et au-delĂ du dualisme cartĂ©sien â qui considĂšre le corps et lâesprit comme Ă©tant ontologiquement sĂ©parĂ©s â qui a amorcĂ© le processus de sĂ©paration de lâesprit du corps et de lâesprit de la matiĂšre.
Son don pour rendre accessibles des idĂ©es complexes est tel que je me suis retrouvĂ©e avec un nouveau regard sur le piĂšge cartĂ©sien dans la disjonction entre le cerveau et le corps, la pensĂ©e et lâincarnation. Cela mâa Ă©galement permis dâentrevoir ce qui allait devenir la perversitĂ© du transgendĂ©risme.
Nous ne pouvons pas blĂąmer Descartes pour la dysphorie de genre, mais nous pouvons voir comment, sans ĂȘtre restreinte par le sacramentalisme holistique de l'Ăglise catholique, la sociĂ©tĂ© laĂŻque s'est retrouvĂ©e bifurquĂ©e par des antipathies artificielles qui ont faussĂ© l'Ă©quilibre de notre humanitĂ©.
Le livre regorge dâĂ©clairages sur nos blessures culturelles, spirituelles et intellectuelles.
Il cite l'excellent historien catholique cubano-américain Carlos Eire à propos de la redéfinition de la magie par la Réforme qui a privé la société de sa compréhension de la réalité du surnaturel :
« La RĂ©forme a donnĂ© naissance Ă une mentalitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e qui voyait la rĂ©alitĂ© en termes binaires mais traçait diffĂ©remment la frontiĂšre entre religion et magie. Elle rejetait lâintense mĂ©lange du naturel et du surnaturel ainsi que le matĂ©riel et le spirituel, plaçant le rituel catholique dans le domaine de la magie. Les protestants ont dĂ©pouillĂ© lâaction de Dieu de tous les miracles catholiques et ont donnĂ© le crĂ©dit au diable Ă la place. »
Au cas oĂč certains lecteurs auraient des difficultĂ©s avec cette analyse, nous pouvons rappeler les travaux dâIain McGilchrist et sa thĂšse du cerveau divisĂ©.
Dreher passe de la théologie et de la philosophie aux neurosciences pour apporter une certaine corroboration au fait que le désenchantement est également une fonction de la division de la culture qui se reflÚte dans la biologie du cerveau.
McGilchrist a suggĂ©rĂ© que les faits et le sens, le mythe et la mesure, la science et la religion ont Ă©tĂ© disloquĂ©s de maniĂšre problĂ©matique les uns des autres en tant que facettes biologiques, neurologiques et philosophiques de notre culture. Son explication de la façon dont le cerveau reconnaĂźt ou ne parvient pas Ă reconnaĂźtre le sens et la rĂ©sonance dans le monde ratifie le chemin de la « beautĂ© dâabord » vers le rĂ©enchantement et, en fin de compte, vers la thĂ©ose, lâUnion avec Dieu.
Dreher commente que notre incapacitĂ© Ă rĂ©soudre la fracture a contribuĂ© Ă crĂ©er une atmosphĂšre hostile Ă la rĂ©vĂ©lation chrĂ©tienne, masquant notre capacitĂ© Ă nous engager dans lâenchantement, quâil dĂ©crit comme « la restauration du flux entre Dieu, le monde naturel et nous, [et qui] commence par le dĂ©sir de Dieu et de toutes ses manifestations, ou thĂ©ophanies, dans nos vies ».
Ou, pour le dire autrement, un refus ou une incapacité à reconnaßtre le surnaturel.
Dreher voit Ă©galement cela dans les dualitĂ©s antithĂ©tiques du contrĂŽle et de lâamour sacrificiel entre une dĂ©pendance Ă notre autonomie et notre besoin de confiance. Le contrĂŽle et lâautonomie sont devenus les caractĂ©ristiques de notre monde de la modernitĂ© tardive et ont inhibĂ© le sentiment dâenchantement personnel et social.
Son chapitre sur le dĂ©mon a suscitĂ© plus d'intĂ©rĂȘt journalistique que tout autre chapitre. Et sa documentation sur la rĂ©alitĂ© est prĂ©sentĂ©e avec soin et compĂ©tence.
Mais c'est son chapitre sur la beautĂ© qui constitue le point culminant du livre. Il affirme, Ă la suite de saint Augustin, que nous sommes faits pour la beautĂ©, de la mĂȘme maniĂšre que nous sommes faits pour Dieu lui-mĂȘme, et que nous sommes toujours en attente de Lui et de l'accompagnement de la beautĂ©.
Il fait référence au théologien orthodoxe Timothy Patitsas, qui suggÚre que tomber amoureux de la beauté est la plus courte porte d'entrée vers Dieu. Cela se produit en éveillant notre Eros , le mot grec pour le désir sensuel. Mais cet Eros ne se limite pas au désir sexuel, mais il représente la premiÚre partie du chemin vers la transformation.
Le pape BenoĂźt XVI dĂ©crit l' Ă©ros chrĂ©tien comme un dĂ©sir corporel sanctifiĂ© par l'esprit. Dans l'enseignement chrĂ©tien traditionnel, l'homme est Ă la fois chair et esprit, intimement et inextricablement mĂȘlĂ©s, contrairement au dualisme cartĂ©sien moderne du corps et de l'esprit, qui considĂšre que le corps et l'esprit sont ontologiquement sĂ©parĂ©s.
Le pape BenoĂźt XVI a enseignĂ© que le vĂ©ritable Eros tend Ă s'Ă©lever en extase vers le divin pour nous conduire au-delĂ de nous-mĂȘmes ; c'est pour cette raison mĂȘme qu'on l'appelle le chemin de l'ascension, du renoncement, de la purification et de la guĂ©rison.
Le chemin chrĂ©tien commence par lâĂros, mais se perfectionne en le transformant en AgapĂš , la forme suprĂȘme de lâamour. Il ne sâagit pas dâun dĂ©ni strict de lâĂros â le dĂ©sir non filtrĂ© dâĂȘtre uni Ă lâautre, de le possĂ©der ou dâĂȘtre possĂ©dĂ© par lui â mais dâune distillation du dĂ©sir Ă©rotique en quelque chose de plus pur que le simple dĂ©sir corporel.
En bref : votre maison peut ĂȘtre purifiĂ©e et sanctifiĂ©e, ou elle peut nous conduire Ă la destruction. Alors comment peut-on retrouver le rĂ©enchantement ?
« Tous ceux qui ont abandonné la foi ont commencé leur défection en cessant de prier », explique Dreher.
Il suggĂšre qu'une vision sacramentelle accompagnĂ©e de la pratique de la priĂšre hĂ©sychastique - dans laquelle une personne bloque tous ses sens et Ă©limine toutes ses pensĂ©es dans le but d'atteindre une vision bĂ©atifique - offre le dĂ©but de la possibilitĂ© de rĂ©enchantement ; comme jouer d'un instrument de musique oĂč les gammes sont pratiquĂ©es afin de rĂ©entraĂźner l'esprit et le corps du musicien.
Par-dessus tout, nous avons besoin dâune volontĂ© de sacrifier lâego, lâautonomie, le contrĂŽle, la volontĂ© perverse, et de nous abandonner Ă une mĂ©tanoĂŻa , une transformation de perspective dans laquelle lâesprit est relocalisĂ© pour ĂȘtre enfermĂ© dans le cĆur.
C'est un livre qui remet en question tous les présupposés d'une culture et d'une mentalité qui se sont vidées du divin, et qui redessine la carte de la théologie et de la spiritualité pour nous permettre, accompagnés par l'Esprit Saint, de retrouver le chemin de notre retour.
27/12/2024
De Thibaud Collin dans LâAppel de Chartres :
Sâil est un sujet qui divise les catholiques aujourdâhui, câest paradoxalement celui du titre de roi donnĂ© Ă JĂ©sus-Christ. On peut en voir un signe dans un article publiĂ© le 24 novembre 2024 par lâhebdomadaire Famille chrĂ©tienne intitulĂ© « SolennitĂ© du Christ Roi : le royaume de Dieu est-il dâactualitĂ© ? » La journaliste sâappuyant sur deux ouvrages publiĂ©s cette annĂ©e, celui du prĂȘtre assomptionniste et journaliste Dominique Lang Alors, tu es roi ? (LâEscargot) et celui du prĂȘtre diocĂ©sain du Havre enseignant Ă la facultĂ© (jĂ©suite) Loyola (Paris) Maintenant, le Royaume (DDB).
Il convient de revenir sur les assertions de cet article tant il reflĂšte lâair ecclĂ©sial ambiant sur un tel sujet. Il permet de repĂ©rer les prĂ©supposĂ©s et les raccourcis du traitement de cette doctrine. Tout dâabord la doctrine enseignĂ©e par Pie XI dans son encyclique Quas primas (1925) est rĂ©duite Ă son contexte historique et reste marquĂ©e, selon le PĂšre Lang, par lâambiguĂŻtĂ© de croire que « tous nos problĂšmes politiques seront rĂ©solus le jour oĂč le Christ prendra le pouvoir ou lorsque tous les rois ou tous les gouvernements politiques actuels accepteront la royautĂ© du Christ ». Cette croyance entretiendrait le malentendu que JĂ©sus serait venu « rĂ©tablir la royautĂ© en IsraĂ«l ». On reste pantois devant de telles erreurs de lecture (si tant est que lâencyclique ait Ă©tĂ© rĂ©ellement lue) ! Pie XI manifeste au contraire trĂšs bien que JĂ©sus nâest pas roi Ă la maniĂšre du monde et ne tire pas sa royautĂ© de celui-ci mais quâen tant que CrĂ©ateur et Sauveur, il est le LĂ©gislateur suprĂȘme du monde humain. RĂ©criminer devant une telle vĂ©ritĂ© dogmatique Ă lâheure oĂč nos sociĂ©tĂ©s postchrĂ©tiennes sâenfoncent dans le nihilisme sociĂ©tal en confirmant, hĂ©las, la pertinence de cette doctrine relĂšve de la cĂ©citĂ©. Notre hypothĂšse est que celle-ci repose sur lâacceptation dâun prĂ©supposĂ© : une conception moderne du politique. Si, en effet, tant de thĂ©ologiens ont peur dâaffirmer la royautĂ© sociale du Christ, câest quâils voient le pouvoir comme le conçoivent Machiavel, Hobbes ou Rousseau. Or il est bien Ă©vident que le Christ nâa pas à « prendre le pouvoir » identifiĂ© Ă une force de coercition permettant de faire vivre ensemble des individus Ă©goĂŻstes mus par leurs seuls intĂ©rĂȘts et dĂ©sirs. La politique au sens noble et vrai du terme est le service du bien commun, dont la clef de voĂ»te est la justice. Celle-ci a pour mesure les droits et les devoirs que le CrĂ©ateur a inscrits dans la nature humaine.
Voyant que le Christ ne peut ĂȘtre politique au sens moderne du terme, ils en concluent que le royaume du Christ ne peut sâidentifier quâĂ sa faiblesse et quâil consiste exclusivement dans lâengagement envers les pauvres. Ils restent ainsi enfermĂ©s dans une dialectique stĂ©rile glorification/ misĂ©rabilisme, au lieu de prendre de la hauteur et comprendre que le moyen principal de combattre lâinjustice dont les pauvres sont effectivement les premiĂšres victimes est au contraire une conversion des cĆurs et des structures sociales et politiques ; les deux dimensions, personnelle et collective, Ă©tant distinctes mais insĂ©parables. Loin donc que cette doctrine soit datĂ©e, elle est dâune parfaite actualitĂ© et dâailleurs⊠continue Ă ĂȘtre enseignĂ©e par le MagistĂšre rĂ©cent ! Nous lisons en effet dans le CatĂ©chisme de lâEglise catholique (1992) :
« Le devoir de rendre Ă Dieu un culte authentique concerne lâhomme individuellement et socialement. Câest lĂ â la doctrine catholique traditionnelle sur le devoir moral des hommes et des sociĂ©tĂ©s Ă lâĂ©gard de la vraie religion et de lâunique Ăglise du Christ â (DH 1). En Ă©vangĂ©lisant sans cesse les hommes, lâĂglise travaille Ă ce quâils puissent â pĂ©nĂ©trer dâesprit chrĂ©tien les mentalitĂ©s et les mĆurs, les lois et les structures de la communautĂ© oĂč ils vivent â (AA 10). Le devoir social des chrĂ©tiens est de respecter et dâĂ©veiller en chaque homme lâamour du vrai et du bien. Il leur demande de faire connaĂźtre le culte de lâunique vraie religion qui subsiste dans lâĂglise catholique et apostolique (cf. DH 1). Les chrĂ©tiens sont appelĂ©s Ă ĂȘtre la lumiĂšre du monde (cf. AA 13). LâĂglise manifeste ainsi la royautĂ© du Christ sur toute la crĂ©ation et en particulier sur les sociĂ©tĂ©s humaines (cf. LĂ©on XIII, enc. â Immortale Dei â ; Pie XI, enc. â Quas primas â).
27/12/2024
Mgr David Macaire, dominicain et archevĂȘque de Fort-de-France depuis 2015, et lâabbĂ© Christian Venard, aumĂŽnier militaire durant 22 ans et aujourdâhui responsable de la communication du diocĂšse de Monaco et aumĂŽnier de la Force Publique de Monaco, Ă©changent face Ă face de Libres propos sur lâĂglise dâaujourdâhui, ses crises, ses abus, ses remĂšdes, le nombre croissant de prĂȘtres ou dâĂ©vĂȘques en burn-out, la diminution des vocations, des prĂȘtres mĂ©diatisĂ©s parfois Ă outrance⊠A propos de la laĂŻcitĂ©, lâabbĂ© VĂ©nard nâhĂ©site pas Ă affirmer quâil est temps de dire Ă la RĂ©publique dite française que le divorce est actĂ©, afin que lâEglise reprenne toute sa libertĂ©. LibertĂ© de marier des couples sans quâils passent dâabord en mairie, libertĂ© dâinstruction dans les Ă©coles au risque de perdre le contrat dâassociation, etc :
"Je sais que de tels mots peuvent paraĂźtre rudes? Bien entendu, il faut acter cette sĂ©paration dans le respect, car la grande tradition du catholicisme, câest le respect des autoritĂ©s lĂ©gitimes ; mais en prenant en compte lâenseignement de Jean-Paul II sur les sphĂšres dâautonomie, nous, catholiques, devons demander un peu plus de respect pour notre sphĂšre. Si la RĂ©publique, qui semble plus soucieuse de comprendre le monde de lâislam que celui du catholicisme qui a pourtant forgĂ© ce pays, a oubliĂ© comment fonctionnait lâEglise, nous, catholiques, sommes en droit de dire avec respect : âApprenez comment nous fonctionnons, et ensuite nous discuterons.â Il est temps aussi que nos Ă©vĂȘques sortent de la torpeur dans laquelle les ont plongĂ©s un irĂ©nisme politique et une volontĂ© servile dâadhĂ©sion aux âvaleursâ de la RĂ©publiqueâŠ"
26/12/2024
Par Clémence Diet
18 000 personnes, 18 000 Ăąmes, 18 000 chemins de vie convergĂšrent vers les chemins qui lient Paris Ă Chartres en 2024. Des jeunes, des moins jeunes, des nouveaux convertis, de cathos de berceau, des agnostiques et des curieux, tous rĂ©unis derriĂšre croix et banniĂšres pour marcher, quoi quâil en coĂ»te, pendant trois jours, leurs pas rythmĂ©s de priĂšres et de louanges. Quây a-t-il de « normal » dans cette image ? Nâest-ce pas justement pour Ă©chapper un instant Ă la folie de ce monde que tant sacrifient le confort quotidien pendant trois prĂ©cieux jours ?
Ă lâaube de lâĂ©dition 2025, selon le journal La Croix, le dicastĂšre pour le culte divin et la discipline des sacrements, semble estimer que la situation du pĂšlerinage est « anormale ». Ă les entendre, cela justifierait la modification dâun des Ă©lĂ©ments majeurs de lâĂ©vĂ©nement : la cĂ©lĂ©bration de la messe en rite tridentin, plus simplement « la messe en latin ». En jeune convertie, ce discours attriste mon coeur et ma raison.
La raison dâabord, choquĂ©e par cet Ă©loignement de la dĂ©finition originale du sacrĂ©. Ătymologiquement, le mot trouve sa source dans le latin sacer â « ce qui ne peut ĂȘtre touchĂ© sans ĂȘtre souillĂ©, ou sans souiller », et le verbe sancire â « dĂ©limiter, prescrire ». Plus loin encore, le terme original des textes hĂ©braĂŻques, ensuite traduit par « sacrĂ© », est celui de Ś§ÖžŚŚÖ茩Ś (Kadosh), qui signifie « sĂ©parĂ© ». Selon cette lecture, la volontĂ© de normaliser rejoint la volontĂ© dâhomogĂ©nĂ©iser, de faire sauter les limites⊠donc de dĂ©sacraliser. Lâheure est Ă la prudence, car cette voie de nivellement pourrait glisser vers la compromission. Les Ăcritures nous lâenseignent, nous sommes dans ce monde, pas de ce monde. La tendance Ă vouloir lui ressembler est contraire au vĂ©ritable objectif : celui de ressembler au Christ.
Le cĆur ensuite, inquiet que dâautres ne puissent goĂ»ter Ă ce qui a largement contribuĂ© Ă mon propre chemin de Foi, Ă mon retour Ă lâĂglise catholique. En 2022, mon premier pĂšlerinage de Chartres, protestante Ă©vangĂ©lique convaincue, jâenfile mes baskets motivĂ©e par la volontĂ© de comprendre mieux mes frĂšres dans la Foi. MĂȘme si nos cĆurs se rejoignent, en pratique rien ne sâapparente au culte duquel je viens : ici les jeunes rĂ©citent le chapelet, les prĂȘtres sont reconnaissables par leur accoutrement, et ils ne parlent mĂȘme pas français pendant les offices. Ils savent se tenir en silence, et rester Ă genoux malgrĂ© la fatigue, la chaleur ou la pluie. Ils ne ressemblent Ă rien de tout ce qui mâest familier. Câest pour cela que jây suis allĂ©e, pour rencontrer « lâanormal » : la rĂ©vĂ©rence profonde induite par cette langue qui a traversĂ© les Ăąges, la joie paisible qui reprend la place qui lui est due â une fois dĂ©pouillĂ©s des habitudes citadines qui nous ankylosent, et, enfin et surtout : ces rites et ces symboles qui concrĂ©tisent lâinvisible. Non, le fait que le sacrĂ© ne soit pas « normal » ne le rend pas inaccessible, cela le rend reconnaissable.
Comme lâĂ©crivait le thĂ©ologien C.S. Lewis dans son traitĂ© sur lâĂ©ducation LâAbolition de lâHomme : « Si lâon parvient Ă voir Ă travers tout, alors tout est transparent. Mais un monde totalement transparent est un monde invisible. âPercer tout Ă jourâ, câest ne plus rien voir du tout. ». Alors, jâen implore les autoritĂ©s, pour la conversion des Ăąmes : laissez-nous voir le sacrĂ©.
Clémence Diet
25/12/2024
«âŻUn NoĂ«l Ă Alger, je peux pas tâexpliquerâŻ!âŻÂ» Ces mots ont valeur de gĂ©missement dans la bouche de Jean-Pax MĂ©fret. Avec sa voix chaude et rocailleuse, le chanteur dâOccident laissait en effet passer, dans ces paroles, toute sa mĂ©lancolie de pied-noir. Ces 25 dĂ©cembre dans la ville de son enfance, le pays de ses racines, ces NoĂ«ls fĂȘtĂ©s dans la Casbah dâ«âŻAlger la BlancheâŻÂ», comment les dĂ©crire depuis son exil contraint en mĂ©tropoleâŻ?
Mais, quâil se dĂ©roule Ă Alger, sâarrose Ă Paris, se cĂ©lĂšbre Ă Rome ou sâillumine en Alsace, peut-on vĂ©ritablement expliquer NoĂ«lâŻ? La messe de minuit reste un mystĂšre. Celui de lâIncarnation. RĂ©alitĂ© inouĂŻe de la divinitĂ© se faisant chair. Dâun Fils de Dieu nous montrant son visage. Le voilĂ lâinexplicable cadeau de NoĂ«lâŻ: Dieu vient habiter parmi nous.
Comment cela se fait-ilâŻ? Des livres entiers ne suffiraient pas (Jean 21, 25) pour expliquer cet intime secret. Il y a, du reste, toujours quelque chose de vain et de piĂštre Ă tenter de percer un mystĂšre. Il serait plus raisonnable de se laisser adouber par lui. Se mettre Ă genoux et joindre ses mains. Se recueillir auprĂšs de la mangeoire de BethlĂ©em. SâĂ©tourdir devant un miracle, Ă la fois si simple et si vertigineux. «âŻQuand le mystĂšre se fait trop impressionnant, il nây a quâune chose Ă faire, câest de lui obĂ©irâŻÂ», confie Antoine de Saint-ExupĂ©ry au chapitre II du Petit Prince.
NoĂ«l sâimpose Ă nous
Oui, NoĂ«l ne sâexplique pas, il sâimpose Ă nous. Non Ă la façon dâun Ă©niĂšme remaniement ministĂ©riel ou dâune hausse dâimpĂŽt. Non comme le passage obligĂ© dâun calendrier qui perd ses feuilles comme dâautres perdent leurs cheveux, les mois avançant. Non, NoĂ«l a dâautres maniĂšres.
Sa magie se rĂ©pand dans nos esprits sans que nous ayons besoin, forcĂ©ment, de partir en retraite dans un monastĂšre ou de flĂąner place de Broglie Ă lâheure du ChristkindelsmĂ€rik. NoĂ«l sâimpose Ă chacun comme la croissance Ă lâheure de lâadolescence. Un changement dâatmosphĂšre, irrĂ©sistible. La crĂšche infuse les Ăąmes qui savent conserver les Ă©tincelles de lâenfance.
Que lâon soit premier en catĂ©chisme ou badaud des grands boulevards, NoĂ«l sâinvite chez tous, diffusant dans son sillage lumineux son cortĂšge de bienfaisances. Telle une liturgie du cĆur, la NativitĂ© dĂ©ploie ses couleurs, ses fastes, ses scintillements. Elle possĂšde ses mĂ©lodies et ses rites, sâaccompagne de ses coutumes, fait valoir son climat et ses odeurs. Elle se dĂ©cline, malgrĂ© nous, avec ses feux de cheminĂ©e, ses brioches blondes ou ses chocolats bouillants parfumĂ©s Ă la cannelle.
Surtout, elle fait jaillir, plus que des souvenirs enfantins, la paix dâun enfant. La naissance de JĂ©sus, dans le silence dâune nuit obscure tachetĂ©e dâune Ă©toile, ravit, saisit, transporte. Une seule condition se pose Ă qui dĂ©sire ĂȘtre du voyageâŻ: redĂ©couvrir son Ăąme dâenfant et avoir chevillĂ© Ă ses tripes le sens de la famille.
Car câest lĂ aussi que se joue le drame de NoĂ«l. La tradition veut que le 25 dĂ©cembre sâarticule autour de retrouvailles familiales⊠plus ou moins heureuses, et donc, câest selon, plus ou moins souhaitĂ©es. Les grandes tablĂ©es ne peuvent empĂȘcher lâimmixtion des fractures qui traversent notre sociĂ©tĂ© postmoderne.
DiffĂ©rences et divergences, incohĂ©rences et insolences se fraient parfois des chemins au milieu des verres Ă pied et nappes dĂ©corĂ©es. ActualitĂ© politique, sensibilitĂ© liturgique, relations entre belle-mĂšre et piĂšces rapportĂ©es, Ă©ducation des enfantsâŻ: que de sujets de tension lors de ce qui ne devrait ĂȘtre que rĂ©jouissances et amabilitĂ©s.
La paix des retrouvailles
Sortir par le haut des moments partagĂ©s Ă NoĂ«l rĂ©clame de faire lâexamen de conscience de nos Ă©ventuelles contrariĂ©tĂ©s familiales. Sont-elles toutes lĂ©gitimesâŻ? Doit-on faire le dos rondâŻou ne pas transigerâŻ? Garantir Ă NoĂ«l la paix des retrouvailles se monnaie souvent selon des devises peu appĂ©tissantesâŻ: pragmatisme, silence, prise sur soi, avalement de couleuvresâŠ
Mais puisquâĂ BethlĂ©em correspond lâunion dâune Sainte Famille dĂ©nuĂ©e de tout mais centrĂ©e sur lâessentiel â la manifestation de Dieu en chair et en os ici-bas â, la charitĂ© Ă vivre au sein de nos familles Ă NoĂ«l ne saurait souffrir dâaucun substitut ni dâersatz.
La nature a horreur du vide, dit-on. Plus juste encore de constater combien on ne saurait combler le vide par du vague, du vent ou du vacarme. Les liens de famille, Ă©troitement attachĂ©s Ă la cĂ©lĂ©bration de NoĂ«l, doivent ainsi sâappuyer sur des repĂšres solides, des sentiments nobles, des attitudes vraies oĂč toujours lâemporte, dans les paroles et les actes, lâincarnation vivante dâun amour intact pour son prochain le plus proche.
Lâavenir des familles passe par la spiritualitĂ© de BethlĂ©em. Se souvenir que le bien social le plus prĂ©cieux est lâunitĂ© des siens. Autour du plus petit. JĂ©sus.
25/12/2024
24/12/2024
00:21 = Nearer My God To Thee - Mason - Arr. STEVENS
04:02 = Northern Lights - Ola GJEILO
08:44 = The Shepherd - Karl JENKINS
11:57 = Ave Maria (Guarini) Ennio MORRICONE (From "The Mission")
14:23 = Cantate Domino - Karl JENKINS
17:13 = La Nuit - Jean-Philippe RAMEAU
21:00 = Steal away to Jesus - America Spiritual Arr. Ewart HOPKINS
23:37 = Exsultate Jubilate - Karl JENKINS
--
28:13 = Présentation de la famille LEFEVRE
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31:15 = Ave Maria - Evangile selon St LUC, I - 28-38
33:59 = Gaudete in Domino Semper - Intr. Grégorien du 3Úme Dimanche de l'Avent
37:52 = Gaudete Christus Natus Est - Brian KAY
39:52 = Douce Nuit - Franz GRUBER
43:15 = Away in a Manger - Ola GJEILO
47:19 = Pùtres vaguant dans les montagnes - François-Auguste GEVAERT
49:58 = Dors ma colombe - Noël Alsacien
53:04 = La nuit de Noël - André DEBOUSSET
55:35 = The first Nowell - Ola GJEILO
01:00:09 = Dormi Jesu - Kim André ARNESEN
01:04:38 = L'enfant au tambour - Trad. Arr. PENTATONIX
01:09:21 = Remerciements
01:10:13 = BIS/ Nearer My God To Thee - Mason - Arr. STEVENS
01:13:59 = BIS2/ Jingle Bells - Bob CHILCOTT
01:16:32 = Crédits
Anne et Gabriel LefĂšvre,
Gaël, Blanche, Clément, Emmanuel, Colombe et Raphael LefÚvre.
Gagnants de l'Ă©mission â"La France a un incroyable talent" en 2020.
MERCI A EUX !
23/12/2024
Que lâĂąme engourdie se rĂ©veille enfin,
quâelle ne gise plus sur le sol :
un astre nouveau déjà resplendit,
pour faire disparaĂźtre tout ce qui nuit Ă notre bien.
Voici quâun Agneau nous est envoyĂ©
pour remettre gratuitement la dette ;
joignons, tous, nos priĂšres
et nos larmes pour obtenir le pardon ;
Afin quâau jour oĂč, brillant Ă nos yeux pour la seconde fois,
il remplira le monde de crainte,
le Seigneur nâait point Ă nous punir de nos crimes ;
mais plutÎt à nous protéger dans sa miséricorde.
Puissance, honneur, louange et gloire
Ă Dieu le PĂšre et Ă son Fils,
ainsi quâau saint Consolateur,
dans les siĂšcles des siĂšcles.
Ainsi soit-il.
Hymne de la Vigile de la Nativité
23/12/2024
Le reste de l'annĂ©e, il n'y a certainement pas d'excĂšs de fraternitĂ© et de sentiment d'appartenance. Et prĂ©cisons-le : Ce n'est pas seulement le fait d'ĂȘtre en vie en ce moment qui nous fait croire que - anno Domini 2024 et peut-ĂȘtre plus encore 2025 - les choses semblent particuliĂšrement troublĂ©es : Guerres et rumeurs de guerres, troubles gĂ©nĂ©ralisĂ©s dans les pays, profondes divisions dans l'Ăglise. Il n'est pas nĂ©cessaire de chercher bien loin pour comprendre pourquoi, pour reprendre un cĂ©lĂšbre philosophe moderne, seule la venue de Dieu peut nous sauver aujourd'hui.
C'est du moins la leçon que les temps difficiles devraient nous enseigner.
Mais il y a une autre leçon Ă tirer de sa venue. Comme l'a dit l'Ă©vĂȘque James Edward Walsh, l'un des premiers missionnaires de Maryknoll en Chine, aprĂšs des annĂ©es d'expĂ©rience, avant mĂȘme d'avoir passĂ© prĂšs de vingt ans en captivitĂ© : « Le christianisme n'est pas une voie de salut privĂ©e et un guide de vie pieuse ; c'est une voie de salut mondiale et une philosophie de vie totale. Cela en fait une sorte de dynamite. Aussi, lorsque vous envoyez des missionnaires pour la prĂȘcher, il est bon de se prĂ©parer Ă quelques explosions. »
Parmi les nombreux paradoxes de la transformation de Dieu en homme, nous devons d'une certaine maniĂšre prendre en compte - et non pas « comprendre » comme nous l'entendons habituellement - le fait que le Prince de la paix puisse Ă©galement ĂȘtre celui qui apporte une Ă©pĂ©e : l'ultime perturbateur. La vĂ©ritable paix est-elle, pour nous, dĂ©stabilisante ? En effet, si nous croyons que la chute a mis le monde sens dessus dessous, il s'ensuit que la venue du RĂ©dempteur doit remettre les choses Ă l'endroit - avec un degrĂ© non nĂ©gligeable de perturbation.
Et quelle que soit la paix que cette pensĂ©e peut nous apporter, l'expĂ©rience n'en sera pas moins vertigineuse. Le christianisme n'est pas un doux oreiller sur lequel on peut poser la tĂȘte, mais quelque chose qui, parfois, nous submerge immĂ©diatement, et qui, d'autres fois, est un lent mais implacable bouleversement de - n'attĂ©nuons pas la vĂ©ritĂ© - tout. Le monde est ce qu'il a toujours Ă©tĂ© et, soudain, en mĂȘme temps, complĂštement diffĂ©rent.
Il est bon de se rappeler que les explosions ne se produisent pas seulement « lĂ -bas », ailleurs, sur d'Ă©tranges terres de mission. Elles se produisent - et devraient se produire - ici, maintenant, partout aussi. C'est l'histoire des Ăvangiles. Et mĂȘme du passĂ© le plus lointain. Un bĂ©bĂ© naĂźt dans une ville obscure :
Mais toi, Î Bethléem Ephrathah,
toi qui es trop petite pour ĂȘtre parmi les clans de Juda,
de toi sortira pour moi
celui qui sera le chef d'Israël,
dont l'avĂšnement remonte aux temps anciens,
depuis les temps anciens.
C'est ce qu'a prophĂ©tisĂ© MichĂ©e (5:2). Vous vous souvenez de lui ? Non ? Saint Matthieu l'a fait (2:6), mĂȘme si ces paroles de l'un des plus petits des petits prophĂštes ont Ă©tĂ© Ă©crites, oh, peut-ĂȘtre 750 ans avant qu'elles ne se rĂ©alisent. Et qu'elles se rĂ©fĂ©raient Ă des vĂ©ritĂ©s immensĂ©ment anciennes.
La Nativité par Piero della Francesca, 1470-5 [The National Gallery, Londres].
D'un point de vue humain normal, cela ne devrait pas se produire - et n'aurait certainement pas dĂ» refaire le puissant Empire romain et changer le cours de l'histoire de l'humanitĂ©. C'est presque injuste de la part de Dieu. Pourquoi se donner la peine de construire toute une civilisation pour la voir reprise et transformĂ©e par quelques pauvres pĂȘcheurs, collecteurs d'impĂŽts, un mĂ©decin ou un avocat ou deux, quelques notables de province ? MĂȘme la destruction de JĂ©rusalem, quelques dĂ©cennies plus tard, n'y a rien fait.
D'une certaine maniĂšre, c'Ă©tait l'Ćuvre de fous. Des gens prĂȘts Ă mourir pour l'histoire d'un enfant devenu un prĂ©dicateur charismatique, qui a fait quelques « miracles » (c'est du moins ce qu'ils disent), qui a Ă©tĂ© brutalement exĂ©cutĂ© et qui est censĂ© ĂȘtre « ressuscitĂ© » d'entre les morts. Ce qui, tout le monde le sait, ne peut pas arriver.
D'une autre maniĂšre, il a poussĂ© ses disciples au charabia, ou Ă de multiples langues que divers peuples comprenaient d'une maniĂšre ou d'une autre, ou quoi que ce soit d'autre. Ce Paul de Tarse, qui avait un peu trop Ă©tudiĂ© pour son propre bien, est devenu religieux et a perdu la tĂȘte, commençant Ă Ă©crire des choses que mĂȘme Pierre dit ĂȘtre difficiles Ă comprendre. Et pourtant, lui aussi met les choses sens dessus dessous partout oĂč il passe. Certaines personnes, et c'est comprĂ©hensible, le lapident ou le battent. Ils le chassent de la ville. D'autres n'arrivent pas Ă le comprendre, mais savent qu'il y a quelque chose de vivant comme rien d'autre dans ce torrent de mots.
Et bien sĂ»r, puisque tout ce qui est pervers et dĂ©cadent se retrouve Ă Rome, ces deux-lĂ aussi. Les tuer ne l'arrĂȘte pas non plus. Cela prend un certain temps, mais au lieu de cela, eux et toute leur Ă©quipe arrĂȘtent Rome, ou du moins l'ancienne Rome. Les barbares s'installent. Ils finissent par devenir chrĂ©tiens, les provinces aussi. Il s'ensuit un grand chaos, mais aussi toute une sĂ©rie d'explosions, de l'Angleterre Ă l'Inde. Et lorsque de nouveaux mondes sont dĂ©couverts, les perturbations s'y propagent Ă©galement.
Et voilĂ oĂč nous en sommes. Deux mille ans, c'est peu par rapport aux 14 milliards d'annĂ©es de l'univers. Mais 2000 ans, c'est beaucoup pour des ĂȘtres qui atteignent rarement 100 ans. Il est difficile de dire, aprĂšs tant d'explosions improbables, si la dynamite est proche de la fin (qu'Il avait annoncĂ©e) ou si elle n'en est qu'Ă ses dĂ©buts.
Ce que nous pouvons dire, c'est qu'il ne ressemble Ă rien d'autre. Aucun enfant venu parmi nous n'a eu un tel impact sur la terre entiĂšre. Les prĂ©dictions de sa venue semblaient - et semblent - ĂȘtre les divagations de personnes qui sont restĂ©es longtemps assises sous le soleil du dĂ©sert. Les affirmations faites Ă sa naissance et dans les annĂ©es qui ont suivi Ă©taient, pour les meilleurs esprits de l'Ă©poque, une absurditĂ©. Et les puissants savaient seulement qu'il Ă©tait suffisamment dangereux pour qu'on l'Ă©radique.
Mais il ne l'Ă©tait pas et ne peut pas l'ĂȘtre. Cela n'a aucun sens. Un enfant naĂźt. Il semble vivre et mourir comme tous les autres. Mais il vit. Les gens trouvent encore du rĂ©confort et de la joie en Lui, et sont inspirĂ©s, au-delĂ de tout calcul humain, Ă miser leur vie sur Lui. Pensez-y.
22/12/2024
O Emmanuel ! Roi de Paix ! Vous entrez aujourdâhui dans JĂ©rusalem, la ville de votre choix ; car câest lĂ que vous avez votre Temple. BientĂŽt vous y aurez votre Croix et votre SĂ©pulcre ; et le jour viendra oĂč vous Ă©tablirez auprĂšs dâelle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pĂ©nĂ©trez sans bruit et sans Ă©clat dans cette ville de David et de Salomon. Elle nâest que le lieu de votre passage, pour vous rendre Ă BethlĂ©hem. Toutefois, Marie votre mĂšre, et Joseph son Ă©poux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vĆux et leurs hommages : et alors sâaccomplit, pour la premiĂšre fois, lâoracle du ProphĂšte AggĂ©e qui avait annoncĂ© que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment possĂ©der une Arche dâAlliance bien autrement prĂ©cieuse que celle de MoĂŻse, mais surtout incomparable Ă tout autre sanctuaire quâau ciel mĂȘme, parla dignitĂ© de Celui quâelle contient. Câest le LĂ©gislateur lui-mĂȘme qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravĂ©e. Mais bientĂŽt lâArche vivante du Seigneur descend les degrĂ©s du Temple, et se dispose Ă partir pour BethlĂ©hem, oĂč lâappellent dâautres oracles. Nous adorons, ĂŽ Emmanuel ! Tous vos pas Ă travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidĂ©litĂ© vous observez ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit de vous, afin que rien ne manque aux caractĂšres dont vous devez ĂȘtre douĂ©, ĂŽ Messie, pour ĂȘtre reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que lâheure est prĂšs de sonner, que toutes choses se prĂ©parent pour votre NativitĂ©, et venez nous sauver ; venez, afin dâĂȘtre appelĂ© non plus seulement Emmanuel, mais JĂ©sus, câest-Ă -dire Sauveur.
O Jérusalem ! ville du grand Dieu, lÚve les yeux autour de toi, et regarde ton Seigneur ; car il va bientÎt venir te délivrer de tes liens.
22/12/2024
22/12/2024
Ce pĂšlerinage, qui mĂȘle marche nocturne, priĂšres, cantiques, chants et temps de silence, a une nouvelle fois su toucher le cĆur des jeunes participants. Partis Ă la tombĂ©e de la nuit la plus longue de lâannĂ©e, au cĆur du Morbihan, les pĂšlerins ont parcouru aux flambeaux la trentaine de kilomĂštres qui rallie lâĂ©glise Saint-Pierre de SĂ©rent Ă la basilique Notre-Dame du Roncier de Josselin, avant de conclure par une messe Ă lâaube.
La cohorte lumineuse des marcheurs, divisĂ©e en neuf chapitres placĂ©s sous la protection de saints bretons, a longĂ© le canal de lâOust et traversĂ© les bois. Les pauses offraient ressourcement autour de flambĂ©es conviviales oĂč rĂ©sonnaient chants et cantiques de NoĂ«l en langue bretonne.
AccompagnĂ© par une quinzaine de prĂȘtres, ce pĂšlerinage portait comme intention de prier pour les vocations. Appel universel Ă la saintetĂ©, en prenant soin de rĂ©flĂ©chir Ă la vocation religieuse ou sacerdotale en Bretagne. Toute une spiritualitĂ© de la nuit sâest ainsi dĂ©veloppĂ©e : silence du discernement, obscuritĂ© propice Ă lâanonymat et la charitĂ©, difficultĂ© du froid pour prier par le corps.
« Jeunesse heureuse, jeunesse courageuse », « Seigneur, donnez-nous des fous », rĂ©pĂ©taient les organisateurs. Voici lâĂ©tat dâesprit dâune certaine jeunesse catholique qui, en clamant la joie de NoĂ«l dans les campagnes, entend renouer avec la foi populaire, la langue bretonne et la liturgie romaine, afin de se faire toujours plus missionnaire.
Intron-Varia ar Veleion, pedit evidomp !
Notre-Dame du Sacerdoce, priez pour nous !
21/12/2024
O Roi des nations ! Vous approchez toujours plus de cette BethlĂ©hem oĂč vous devez naĂźtre. Le voyage tire Ă son terme, et votre auguste MĂšre, quâun si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majestĂ©, elle remercie votre misĂ©ricorde ; elle se rĂ©jouit dâavoir Ă©tĂ© choisie pour le sublime ministĂšre de servir de MĂšre Ă un Dieu. Elle dĂ©sire et elle apprĂ©hende tout Ă la fois le moment oĂč enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui sâestime la derniĂšre des crĂ©atures ? Comment osera-t-elle vous Ă©lever dans ses bras, vous presser contre son cĆur, vous allaiter Ă son sein mortel ?
Et pourtant, quand elle vient Ă songer que lâheure approche oĂč, sans cesser dâĂȘtre son fils, vous sortirez dâelle et rĂ©clamerez tous les soins de sa tendresse, son cĆur dĂ©faille et lâamour maternel se confondant avec lâamour quâelle a pour son Dieu, elle est au moment dâexpirer dans cette lutte trop inĂ©gale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections rĂ©unies dans un mĂȘme cĆur. Mais vous la soutenez, ĂŽ DĂ©sirĂ© des nations !
Car vous voulez quâelle arrive Ă ce terme bienheureux qui doit donner Ă la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les rĂ©unira dans une seule famille. Soyez bĂ©ni dans les merveilles de votre puissance et de votre bontĂ©, ĂŽ divin Roi ! et venez bientĂŽt nous sauver, vous souvenant que lâhomme vous est cher, puisque vous lâavez pĂ©tri de vos mains. Oh ! Venez, car votre Ćuvre est dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e ; elle est tombĂ©e dans la perdition ; la mort lâa envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la ; car vous lâaimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.
21/12/2024