Le blog du Temps de l'Immaculée.
28/03/2025
Lors d’une conférence organisée mi-février par la faculté de théologie catholique de l’université de Cologne en Allemagne, le préfet du dicastère pour la doctrine de la foi, le cardinal Victor Manuel Fernández, est intervenu par vidéo. Son intervention a ensuite été intégrée dans un document intitulé La dignité ontologique de la personne dans Dignitas infinita. Quelques précisions. Ce document vise à clarifier certains points conceptuels présents dans la Déclaration Dignitas infinita publiée par le même dicastère en mars 2024.
Le document de Fernández a été rédigé pour répondre à certaines critiques, mais il présente lui-même plusieurs aspects critiques. L’un d’entre eux concerne certainement la question des traitements médicaux visant à ce qu’on appelle « changement » de sexe.
Le document, qui dénonce l’idéologie du genre, rappelle la condamnation de ces interventions déjà présente dans Dignitas Infinita, mais si dans Dignitas la condamnation était absolue, c’est-à-dire qu’elle ne permettait pas d’exceptions, dans le récent document signé par Fernández, il y en a une qui est décisive.
Fernández écrit :
Nous ne voulons pas être cruels et dire que nous ne comprenons pas les conditionnements des personnes et la profonde souffrance qui existe dans certains cas de « dysphorie » qui se manifeste dès l’enfance. Quand le document [Dignitas infinita] utilise l’expression «en règle générale [« di norma », ndt]», il n’exclut pas qu‘il existe des cas en dehors de la règle, comme les dysphories sévères qui peuvent conduire à une existence insupportable ou même au suicide. Ces situations exceptionnelles doivent être évaluées avec le plus grand soin.
Arrêtons notre attention là où le préfet se réfère à Dignitas infinita en citant les mots «en règle générale». Reprenons le passage concerné de Dignitas infinita :
Toute opération de changement de sexe risque, en règle générale, de menacer la dignité unique que la personne a reçue dès le moment de la conception. Cela n’exclut pas la possibilité qu’une personne présentant des anomalies des organes génitaux déjà évidentes à la naissance ou qui se développent ultérieurement choisisse de recevoir une assistance médicale dans le but de résoudre ces anomalies. Dans ce cas, l’intervention ne constituerait pas un changement de sexe au sens où on l’entend ici.
En substance, Dignitas Infinita affirme correctement: non aux interventions sur l’appareil reproducteur si l’objectif est de tenter, sans y parvenir, de changer l’identité sexuelle. Oui aux mêmes interventions si elles visent à confirmer l’identité sexuelle, c’est-à-dire si elles sont thérapeutiques en modifiant l’appareil reproducteur pour le mettre en conformité avec le patrimoine génétique, qui est la référence première pour comprendre à quel sexe une personne appartient. En effet, en raison de certaines pathologies, il peut arriver que les organes reproducteurs ne correspondent pas, morphologiquement et à des degrés divers, aux chromosomes XY ou XX de la personne. C’est pourquoi Dignitas infinita utilise l’expression «en règle générale» : elle veut affirmer que dans la majorité des cas (en règle générale), de telles interventions doivent être condamnées, à l’exception précisément de celles qui sont de nature thérapeutique.
Comme nous l’avons mentionné, Fernández reprend dans son document l’expression « en règle générale » que l’on trouve dans Dignitas infinita. Nous avons vu que cette expression est utilisée par Dignitas infinita en relation avec les interventions sur les organes génitaux. Il est donc justifié de considérer que Fernández l’utilise également en référence à ces mêmes interventions.
Mais ici, si nous relisons le texte de Fernández, nous découvrons qu’il considère ces interventions comme illicites, sauf en cas de dysphorie grave et, implicitement, en cas de traitement thérapeutique. Le préfet considère donc ces interventions comme licites même dans le cas condamné par Dignitas infinita, c’est-à-dire lorsqu’elles servent à contredire l’identité sexuelle, à condition que la dysphorie soit grave et comporte des risques sérieux pour la personne. L’interdiction ne concerne donc pas, comme dans Dignitas infinita, le type moral de l’acte – les traitements pour « changer » de sexe – mais seulement la condition qui motive l’intervention : non aux interventions où la dysphorie est légère. En bref : pour le préfet, le « changement » de sexe est moralement acceptable dès que la dysphorie est grave.
Mais les interventions chirurgicales qui contredisent le sexe génétique sont des actions intrinsèquement mauvaises et le restent au-delà des conditions qui les motivent. Le principe « oui au changement de sexe » a donc été accepté par le cardinal Fernández. Une fois le principe accepté, des cas limites, on passe par cohérence logique aux cas courants, de l’exceptionnel au normal.
Donc Fernández rappelle le « en règle générale » contenue dans Dignitas infinita de manière indue : en effet, il le rappelle pour légitimer le « changement » de sexe dans un sens qui, cependant, est opposé à celui indiqué par le document Dignitas infinita lui-même. Ce dernier affirme que les interventions sur les organes génitaux sont en règle générale censurables sauf lorsqu’elles sont pratiquées à des fins thérapeutiques ; Fernández affirme que les interventions sur les organes génitaux sont en règle générale censurables sauf lorsque la dysphorie est accentuée (et lorsque la finalité est thérapeutique).
Conclusion: le Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi qualifie la condition transsexuelle de moralement acceptable.
NDT (Benoît et moi) [*]
Est-ce un hasard si cette note évoque le film « Conclave »? Dans la fiction, le défunt pape (ressemblant comme deux gouttes d’eau à François), avant de mourir, avait financé pour son futur successeur un traitement dans une clinique genevoise spécialisée dans la chirurgie réparatrice, disons, des « erreurs de la nature ».
On y est déjà, et bien plus tôt qu’on aurait pu penser!